Les politiques Anonymes - Esthétique et éthique
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Salut,
Depuis quelques mois, avec des amis, nous avons organisé un groupe de parole philo et politique.
En discutant entre nous, nous nous étions rendu compte que nous avions un besoin commun de partager, débattre, sur l'actualité et sur la politique en générale.
Mais les discussions étant devenues, au cours de ces dernières années, de plus en plus difficile à avoir, en particulier en public, la frustration nous rongeait. ça part en vrille au quart de tour.
Le voile, les gilets jaunes puis le Covid, les élections ou le wokisme et le complotisme... La société vit une période de tensions élevées. Les discours comme les réactions se radicalisent ou s'enveniment.
Nous ne parvenions plus à avoir des discussions qui nous permettraient de mettre à l'épreuve nos points de vue, de nous exprimer, d'acquérir de nouveaux savoirs, sans que cela ne soit une grosse prise de risque social.
Combien de familles, d'amis ou de collègues se sont brouillés autour d'une question sensible.
Mais voilà, nous en avons besoin, de ces discussions.
Qu'est-ce qui cloche? Est-ce que ce sont les autres qui ne sont pas capable de débattre? Ou est-ce que nous ne nous y prenons pas très bien non plus?
Sans doute les deux.
Comment mener une discution politique ou philosophique? Comment éviter que le débat s'envenime? Comment retranscrire sa pensée efficacement? Comment ne pas perdre ses moyens? Comment inclure la diversité des interlocuteur.ice.s? Quelles limites fixer pour garantir la bonne tenue de la discussion?...
Nous avons donc décidé de nous réunir une fois par mois pour explorer ces questions. L'objectif sera peut être de pouvoir tenir des débats publics à terme. Ce qui nous a manqué aux dernières élections et nous sera peut être vital pour les prochaines.
Notre première séance a consisté à faire un tour de table pour se présenter.
D'où venons-nous (sociologiquement et politiquement)? Qu'est-ce qui nous a motivé à participer à ce groupe de parole et quels sont nos objectifs?
C'était déjà un sujet qui nous a prit plus d'une heure à nous six.
Bien se connaître est un pré-requis.
En nous voyant ainsi autour de la table à parler de nous, de nos expériences etc... le fils d'une des participante nous a appelé les politiques anonymes.
La séance suivante, nous avons essayé de faire le tour des sujets qui nous préoccupent le plus, que nous voudrions aborder, mais aussi les sujets et les comportements sensibles auxquels il faudra être attentifs.
Puis nous avons fait une autre séance pour accueillir un nouveau membre et continuer la discussion sur l'objet de ces réunions avant de choisir un sujet de fond pour la quatrième séance.
Notre premier sujet a été le travail. Le second, l'argent. Le troisième, les termes, notions fondamentales à éclaircir avant d'approfondir de futurs thèmes.
Des sujets que l'ont ne peut pas traiter en deux heures. Mais qui ont permis au moins de cerner les aspects intéressants du sujet. Beaucoup de questions de vocabulaire et des points de vue par rapport à notre vécu ou notre culture.
Notre prochaine séance sera un test. Nous souhaiterions aborder des sujets polémiques, où à priori, nous ne serons pas aussi d'accords que sur les sujets précédents. Si nous parvenons à mener ces discutions et à rester en bons termes, cela voudra peut être dire que nous progressons et nous pourrons envisager de nous ouvrir à des personnes avec qui nous avons moins d'affinités.
C'est vraiment une activité passionnante. Les discussions sont d'un bon niveau. Il ne s'agit pas de poser son avis et de le défendre contre la mauvaise fois, ou de tout reprendre à zéro pour tenter de déconstruire des idées reçue absurdes et dépassées, mais de présenter ses arguments, d'ajouter ceux des autres et de travailler les faiblesses ou les contradictions. Il y a véritablement échange et non bataille. On progresse dans nos sujets et nous en ressortons enrichis. C'est stimulant. Chaque discussion semble trop courte et en inspirer des tas d'autres.
Chaque réunion se termine, après deux heures de discussion, par un repas type auberge espagnole.
Je partagerais mes réflexions (qui n'ont strictement rien de neuf mais qui peuvent tout de même servir) dans de futurs posts.
Mon axe sur le sujet du travail était :
-Le travail aliène ou émancipe?
Mon axe sur l'argent était :
- Richesse et pauvreté.
Il y a aussi le bilan de notre rdv collectif (avec les Indés-Sociables) de cet été dont je dois faire le compte rendu. La question que je voulais poser à cette occasion était "comment créer de façon éthique?".
La relation entre éthique et esthétique dans la création artistique est un dilemme qui me taraude depuis longtemps.
J'avais précisé dans un ancien post que j'avais entamé des lectures théoriques. Les ouvrages de Geoffroy de Lagasnerie (Penser dans un monde mauvais ; l'art impossible ; sortir de notre impuissance politique) m'ont aidé à progresser dans cette voie, mais pas à y répondre définitivement.
Une amie (Merci Anne-Lise) m'a aussi prété un intégral de la trilogie Spinoziste de Jean-Bernard Pouy (Spinoza encule Hegel ; à sec! ; avec une poignée de sable). Délire post-apo typique des années 80 où un gang défend l'éthique spinoziste dans un combat à mort avec un autre gang partisan de l'esthétique Hegelienne (oeuvre qui a beaucoup de points communs avec mes Blood Punks, dans son côté politique, philo, violent et référencé).
Le re-visionnage récent de Starship Troopers grâce aux mycéliades cette année m'a replongé dans ce questionnement.
Straship Troopers est un film de Paul Verhoeven de 1997.
Dans le futur, les peuples de la Terre sont unifiés et en guerre contre un peuple extraterrestre. Un groupe d'ados va s'engager dans l'armée, seul moyen de devenir citoyens, afin de défendre leur espèce.
Ici, le réalisateur surnommé "le Hollandais violent", qui nous avait déjà livré Robocop, Total Recall ou encore basic Instinct, récidive dans la satire grand spectacle. Mais son film est jugé fasciste par une partie des critiques (qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez), notamment parce que le livre dont il est l'adaptation est une utopie fascisante assumée.
Il n'y a aucun doute sur le fait que Starship Troopers de Verhoeven est une satire (un pur détournement au nez et à la barbe des studios), mais c'est surtout un super film d'action.
Jérôme Nédélec (auteur du pays de Redon spécialisé dans le roman historique et grand amateur de culture de l'imaginaire), qui présentait le film a bien fait de remarquer que ce film interrogeait le fasciste en nous car Verhoeven a exprimé le plaisir qu'il a prit, avec toute son équipe, à tourner ce film. On le croit bien volontiers.
Il s'est inspiré des films de propagande nazis et communistes afin d'en singer l'esthétique. Mais le public avait-il le recul pour comprendre le second degrés du film? Autrement dit, aurait-il surestimé le public, et sous estimé son plaisir malsain à réaliser un film de guerre?
Quand j'ai vu Robocop, je devais avoir à peine plus de dix ans. Malgré certaines scène volontairement satiriques (Robocop mange des pots pour bébé afin de mettre en évidence l'aspect puéril du fantasme du superflic), je n'avais été sensible qu'au coté film d'action décomplexé (musique épique de Basil Pouledouris - qui récidive sur Starship Troopers, violence burlesque, mise en scène héroïque et effets spéciaux sympa - stop motion du robot, qui précède les effets amélioré de Phil Tippett sur Willow, Jurassic Parc et Starship).
De même, quand j'ai vu Starship Troopers, je devais avoir 13 ans. Je l'ai vu comme un film de guerre jouissif où ça défouraille de l'alien. Je n'étais pas encore politisé et critique sur la guerre.
Une scène, pourtant soulignée, m'a fait rire sans me faire percuter pour autant. Comme si il ne se moquait pas des militaires mais avec les militaires.
La scène de l'incorporation montre un type qui enregistre les protagonistes en disant fièrement que c'est "l'armée qui a fait de lui l'homme qu'il est". En se tournant, le réal insiste sur la prothèse de la main et les jambes amputées. Et sur la gêne du protagoniste. Y'a un gros coup de stabilo là, mais ça m'a échappé quand même la première fois.
J'étais plus sensible à l'esthétique qu'à l'éthique. Je n'avais pas besoin de grand chose pour apprécier le message explicite de la propagande militariste, mais il me manquait les codes et les informations, l'éducation, pour saisir le message implicite de la critique de cette propagande.
La dystopie des uns est l'utopie des autres.
C'est pourquoi il faut être explicite.
D'autres oeuvres me viennet à l'esprit.
V pour Vendetta, Watchmen, Matrix ou encore les grands films sur la guerre Américaine au Vietnam.
Alan Moore a renié toutes les adaptations de ses comics car ils dénaturent son propos anarchiste et critique sur l'idéologie américaine (en particulier sur la mythologie des super héros qui est, pour lui, infantile et fasciste - tiens...).
Quant aux soeurs Wachowsky, le quatrième opus de la saga Matrix traite frontalement de ce sujet. La façon dont la postérité de leur oeuvre n'est pas le message révolutionnaire mais le "Bullet Time" et le kung Fu en mode gothique. Ce dernier volet méta-provoque est une réaffirmation du message en sabotant volontairement ce qui l'a empêché d'être efficacement reçu.
Pour les films de guerre tels que Full Metal Jacket, Apocalypse Now ou encore Platoon et Voyage au bout de l'enfer, ils témoignent une ambition de condamner l'horreur (et l'erreur) qu'a été la guerre du Vietnam, tout en livrant de véritables chefs-d'oeuvres formels. Antimilitaristes dans l'idée, ils ont échoué lamentablement. On les projette aux soldats pour les motiver avant la bataille. Ces films ont finalement bien plus esthétisé la guerre qu'autre chose.
J'ai vu (notamment sur la guerre d'Algérie), des films authentiquement antimilitaristes. Il faut reconnaitre qu'ils n'atteindront jamais le grand public car ils sont "chiants". Le message reste confidentiel et n'a pas la porté qui justifierait une telle entreprise artistique. (C'est ce qui a poussé les membres de la Fraction Armée Rouge à délaisser la caméra pour la lutte armée).
Je ne parlerais pas de John Carpenter, véritable contrebandier, qui est lucide à ce propos. Ou de Georges A. Romero qui a persisté à nier l'évidence.
Je ne nierais pas la bonne fois des auteurs de ces oeuvres à vouloir faire passer un message éthiquement valable, mais le procédé est contraire à ce message car ils jouissent de ce qu'ils veulent dénoncer.
Ils usent des codes du cinéma d'action (esthétique) en espérant que ce soit un cheval de Troie pour faire passer en contrebande un message (éthique).
Ils croient pouvoir dépasser, hacker, détourner ou se jouer du cadre capitaliste bourré de biais par nature qu'est le cinéma hollywoodien.
Quand bien même leur géni leur permettrait de trouver la clef, la backdoor (et Starship Trooper et Matrix sont bien des anomalies bourrées de bravoure), il faut encore convaincre le public.
Or, la plupart des spectateur.ice.s vous dirons qu'ielles vont au cinéma dans le but de se divertir. Le mécanisme de suspension d'incrédulité s'enclenche et le cerveau se débranche. Le message est passé inaperçu, à part pour les personnes déjà convaincues ou qui savent ce qu'il y a à trouver.
Si j'en parle c'est qu'ils ont eu sur moi l'influence qu'ils cherchaient à avoir, à terme. Mais qu'en est-il de la masse et des publics qui n'auront pas la chance d'acquérir les codes qu'il me manquaient à 13 ans?
Le cinéma est-il en mesure d'associer esthétique et éthique ou est-ce un art impossible?
Qu'en est-il de la Bande dessinée?
Moi, qui veut, d'une part faire de la BD éthique et d'autre part un récit historique (Seconde guerre mondiale, Indochine, Algérie), que dois-je faire?
Ou plutôt, comment ne pas reproduire les erreurs de mes illustres prédécesseurs?
Je dois faire attention à mon cadre de production. Indépendant, mais à portée très limitée Ou validé par un éditeur et son circuit conventionnel, ce qui imposerait un certain filtre tout en nourrissant une machine qui me dégoute.
Je dois faire attention à mon récit pour ne pas communiquer des idées, représentations contraires à ce à quoi je souhaite contribuer. Des récit progressistes dans le propos mais aussi dans la structure et les schémas.
Faire attention à ma technique et à mes procédés.
Quelle esthétique développer?
Si vous avez une idée, je suis curieux.
P.S. : Qu'en est-il de Avatar 2?
Je n'est pas pu apprécier ce film à cause du masculinisme omniprésent. Comment qualifier ce film de progressiste?
Je suis très déçu car Cameron nous avait habitué à mieux (Terminator 1 & 2, Aliens et même le premier Avatar).
Je me disais qu'on avait du bol que le type qui fait les plus gros succès du cinosh soit de gauche, mais je doute après ce super spectacle rétrograde.
De l'écologie, apparemment anticolonialiste, mais sans avoir déconstruit son affect militariste et masculiniste, c'est voué à l'échec.
Ou est-ce que j'ai loupé quelque chose?
Les bonnes intentions ne suffisent pas.
Il faut travailler pour trouver les concepts et les outils qui traduisent et transmettent de façon fidèle et efficace ces intentions.
La morale est esthétique, moi je veux de l'éthique.
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