UN FILM DE MALADE
Je viens de voir le film 28 ans plus tard.
Je me suis informé le moins possible pour ne pas me gâcher la séance. Je ne savais pas à quoi m'attendre et je refusais d'attendre quoi que ce soit pour ne pas prendre le risque d'être déçu (comme pour le fiasco de la série TV Walking Dead). J'avais confiance dans le duo Garland / Boyle.
À la sortie de la salle, j'étais très content.
Grosso modo, j'ai trouvé qu'il apportait une proposition de relecture des récits et schémas des film post-apo / zombie qui me parle beaucoup.
On y reconnait l'œuvre d'Alex Garland qui décidemment suit un parcours narratif proche de ce que je voudrais développer.
On y retrouve aussi la pate de Danny Boyle avec une réalisation immersive et des choix artistiques rock, créatifs et provoc' tout en restant touchant quand il faut.
J'adhère aux messages du récit et à leur façon de les tenir. J'ai bien conscience que leur méthode va heurter certain.e.s réac' et j'adore ça.
Ce n'est pas l'exhumation d'une mémo-myrtille motivée par un vulgaire appât du gain, mais bien un film né d'une volonté de raconter quelque chose de différent, s'inscrivant dans la logique d'une œuvre qui progresse dans le bon sens.
Vision artistique cohérente, idées progressistes, talent et audace... ses petits défauts sont largement compensés.
Mais en allant visionner les critiques sur youtube etc... je remarque qu'il existe un fossé de perception entre ceux et surtout celles qui ont aimé et les autres. Je retrouve encore ces réactions qui manquent de lucidité et qui tentent de faire passer leur rejet du fond par une critique prétendument éclairée de la forme. J'en ressent une sorte d'hypocrisie (probablement inconsciente) qui rend bête.
Lorsqu'on accorde autant d'importance à la forme plutôt qu'au fond, c'est qu'on a un problème avec le fond (opposition esthétique et éthique). Les pinaillages sur les détails ne sont qu'un prétexte pour esquiver le vrai nœud. Je pense que la priorité pour une œuvre narrative, c'est ce qu'elle raconte. Comment elle le raconte est crucial c'est vrai. Mais les petites incohérences et paresses scénaristiques sont d'une importance mineur par rapport au sens du récit.
Ce qui m'a donné envie d'en faire un nouvel article qui vient compléter ma chronique de la recherche du récit moderne de genre et de gauche.
En effet, j'ai déjà abondamment exposé mes questionnements sur la façon dont je voulais raconter des histoires dans des genres déjà bien balisés sans reproduire les schémas narratifs bourgeois et toxiques, plus ou moins assumés, des œuvres des années 80-2000 qui m'ont inspiré.
J'ai parlé des films de SF et des films de guerre, voilà le tour des films de zombie.
Article esthétique et éthique
Article Dune - résoudre la dissonance cinémato-narrative
Article Guerre Land
Pour une critique des trois premier films, je vous conseille Exitium film
LE FUTUR DU MONDE D'AVANT
Pour mémoire, j'ai dans mes cartons une histoire de SF post-apo space opera, écrite il y a 20 ans, dans laquelle je mélangeais mes influences préférées dans ce genre.
Mais je me suis rendu compte que les thème abordés étaient devenu ringards (voyage spatial, transhumanisme...) et que le schéma narratif était parfois bourgeois et réactionnaire. La perte d'un monde de confort et de jouissance; la menace d'être envahi de hordes affamées; les autres survivants vus comme une menace systématique; la valorisation de la violence pour défendre sa propriété; la reproduction de cellules restreintes égoïstes... Très peu de ces récits étaient des propositions progressistes et constructives mais plutôt le reflet des angoisses des mâles occidentaux bien portants (la cible de Garland dans 28 ans plus tard jsutement).
C'est en grande partie la période du COVID qui m'a convaincu de reprendre tout à zéro.
Je cherche depuis comment garder ce qu'il y a de fun et de passionnant dans ces univers mais en développant un récit de gauche, dans ce qu'il raconte comme dans sa structure.
Par le concept de dissonante narrative, je comprend qu'on peut vouloir dire quelque chose et montrer tout le contraire dans nos structures et notre esthétique. Malheureusement, dans la dramaturgie, l'esthétique l'emporte sur l'éthique (je prends pour exemples des films de guerre tels que Full Metal Jacket ou de SF tels que Starship Troopers ou Matrix dont les créatrices ont livré un quatrième film qui traite justement de ce problème avec humour et panache).
Voyons vois comment 28 ans plus tard contribue à ma réflexion.
TOUT D'ABORD, RÉSUME DE L'HISTOIRE (attention full spoilers)
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Dans 28 jours plus tard, on assiste à la chute de la Grande Bretagne ravagée par une infection de rage pure qui transforme les êtres humains en créatures furieuses avides de carnage.
On peut ignorer 28 semaines plus tard pour passer directement à 28 ans plus tard.
La Grande Bretagne est en quarantaine. Le continent est le territoire des infectés et les survivants sont abandonnés par le monde entier.
Il y a une scène d'intro qui n'aura pas d'importance durant le récit (mit à part quelques indices), jusqu'à la scène de clôture.
Spike est né dans une communauté qui a survécu en s'isolant sur une île difficile d'accès.
En effet, le seule chemin pour y accéder n'est praticable qu'à marée basse.
Pour survivre, la petite communauté est retourné à un mode de vie paysan.
La communauté à aussi adopté des mœurs "traditionnelles" où les rôles masculins et féminins sont scindés à l'ancienne. Les femmes sont des ménagères et les hommes sont des guerriers.
Spike a douze ans et son père Jamie estime qu'il est temps pour lui de devenir un homme. Pour se faire, il l'emmène faire une expédition initiatique sur le continent pour éveiller son instinct de tueur.
On apprendra que les infectés ont évolué et se sont adapté. Il en existe plusieurs catégories, dont l'Alpha qui représente la menace la plus sérieuse.
Mais ce qui devait être une initiation sera un traumatisme.
Spike n'est pas un bon tueur d'infecté. Il a peur et perd ses moyens lorsqu'ils sont pourchassés, lui et son père, par une meute d'infectés.
Ils survivent de justesse et sont célébrés.
Mais son père enjolive l'aventure selon ses critères d'héroïsme viril. Spike n'apprécie pas qu'on mente sur ce qu'il s'est passé et ne se reconnait pas dans le portrait tronqué que dépeint son père pour impressionner la galerie.
Spike fuit la soirée pour rejoindre sa mère Isla, confinée dans sa chambre sous prétexte qu'elle souffre d'une maladie indéterminée.
Sur le chemin, il surprend son père en train de la tromper.
Il discute avec son grand père qui lui révèle qu'il y a probablement un médecin qui a survécu sur le continent.
Lorsque Spike demande à son père pourquoi il n'a pas été voir ce médecin pour trouver un remède à sa mère, celui-ci se sert d'un préjugé comme prétexte. Le médecin serait bizarre, donc dangereux. C'en est trop.
Son père est un menteur, un traitre, et un lâche.
Spike prend la décision d'emmener lui-même sa mère voir le docteur Kelson.
Il quitte l'île en cachette avec elle.
Pendant ce temps, un bateau suédois qui patrouille dans le secteur pour assurer le blocus est en train de couler et une petite troupe de soldats parvient à rejoindre la côte en barque.
Ils sont en fuite et se font décimer un par un.
Spike est encore novice. Ils se retrouvent en danger. Ils sont sauvés par le seul survivant de l'escouade, Erik.
Ensemble ils tomberont sur une infectée en train d'accoucher.
Isla rentre en empathie avec elle et l'aide à accoucher. Une sorte de trêve semble s'être établie.
Mais une fois l'enfant mit au monde, l'infectée s'agite et le soldat l'abat sans hésiter.
Il est aussitôt tué par l'Alpha, qu'on suppose être le père, qui se met à poursuivre la mère et son fils qui ont emporté la petite fille nouvelle-née, qui semble n'être point infectée.
Iels sont sauvés de nouveau, mais cette fois-ci par le docteur Kelson qui se contente d'administrer un sédatif à l'Alpha, qu'il a nommé "Samson".
Le docteur Kelson supposé fou et dangereux par la communauté s'avère être tout à fait sain et rationnel.
En tant que médecin, il s'occupe des morts et, en plus de leur offrir une sépulture, leur érige un monument pour honorer leur mémoire.
Il diagnostique un cancer à Isla et enseigne à Spike une philosophie de la vie et de la mort bien plus constructive et sensible que la leçon qu'il était sensé tirer de l'expédition meurtrière préconisée par son paternel. "Memento Mori", "Memento Amoris".
Le docteur aide Isla à mettre fin à ses jours de façon à laisser une bonne image en mémoire à Spike et permet au jeune homme de rendre hommage à sa mère dans son temple des ossements.
Cela fait, après une nouvelle attaque de Samson, il ramène la petite qu'il a nommé Isla en mémoire de sa mère à la communauté.
Il décide cependant de repartir sur le continent pour suivre sa propre voie, loin de cette petite communauté étriquée.
Il se retrouve seul, donc vulnérable. Il est sauvé par une bande de survivants déjantés menés par Jimmy. Le petit garçon qui a survécu dans la scène d'introduction dans laquelle on assistait au massacre de sa famille dont le père était un curé fanatique ravi de voir arriver l'apocalypse.
28 ans plus tard est à la fois le troisième opus de la saga et le premier volet d'une trilogie conçue comme telle. Boyle a expliqué que ce premier film parle de la famille tandis que la suite parlera de l'origine du mal.
GUIDE DE SURVIE EN TERRITOIRE RÉAC
On comprend assez vite que la communauté repliée sur sa petite île est une métaphore de la Grande Bretagne Post Brexit.
Le Brexit (Britain Exit) est le retrait du Royaume Unis de l'union Européenne, en 2020, suite à une forte campagne de xénophobie.
Garland et Boyle sont des progressistes et on soupçonne aisément qu'ils sont dégouté de ce retour en arrière influencé par l'extrême droite nationaliste.
La Grande Bretagne s'isole et sombre dans la xénophobie, littéralement la peur de l'étranger. Ce qui provoque un isolement dommageable. Ce repli n'est pas que géographique.
On peut comprendre que, dans un contexte de survie, le retour à un mode de vie paysan soit justifié. Mais il n'est pas souhaitable qu'il s'accompagne d'un retour en arrière des mœurs.
Ils décrivent donc leur crainte d'un mouvement réactionnaire qui nous ferait retourner en arrière vers une société patriarcale, agressive et bornée.
C'est là qu'intervient cette scène remarquable, bien qu'un peu surlignée à mon goût.
Le départ de Spike et de Jamie en expédition est réalisée avec un montage alterné d'images de documentaires sur l'histoire coloniale et militariste de la Grande Bretagne et d'autres d'un film sur les guerres médiévales. Le parallèle entre les archers anglais du moyen-âge et les arcs des protagonistes, l'entreprise coloniale dominatrice et la première guerre mondiale nous fait bien comprendre la critique de cette attitude agressive d'expédition meurtrière. Comme si la seule chose qui émanait de cette île était sa violence.
La bande son de cette séquence est un enregistrement d'un poème de Rudyard Kipling nommé Boots, enregistré dans les années 20.
Kipling a fait la guerre des Boers. un conflit colonial dégueulasse en Afrique du Sud.
Ce poème est sensé critiquer l'endoctrinement des jeunes au militarisme.
Ironie de l'histoire, Kipling a insisté pour que son fils rejoigne l'armée pendant la première guerre mondiale où il perdit la vie.
Aussi, ce poème est utilisé dans les stages SERE (Survival, Evasion, Resistance, Escape) de l'armée américaine comme moyen de torture psychologique.
Les auteurs ne sont pas pour autant anti-britanique. Ils rejettent à juste titre ce qui pue et mettent en valeur ce qu'ils en aiment, tel que la culture rock, le cinéma de genre et un certain esprit irrévérencieux, provocateur et burlesque. On y voit une influence punk british et un peu d'humour typique à la Monty Python.
Boyle n'est pas le dernier à revendiquer une identité britannique dans son cinéma avec notamment Trainspotting.
Il doit y avoir certaines références typiques de la culture anglaise disséminées dans le film qui m'échappent (j'ai découvert Jimmy Savile en me renseignant après).
PROUD BOY
L'expédition meurtrière ne se passe pas bien. Jamie veut élever son fils pour en faire un dur et digne héritier dont il pourrait être fier.
Le père veut le pousser à tuer des infectés et l'insensibiliser à la violence. Il déshumanise ses cibles. Comme on le fait lors de n'importe quel conflit pour justifier ses actes criminels, voir même un génocide. N'est-ce pas.
Mais Spike a peur et se montre retissant.
Leurs premières cibles sont des infectés rampant qui se nourrissent de tous ce qui leur tombe sous la main (à priori des vers de terre et des insectes). Ils sont lents et peu attentifs à ce qui se passe plus haut que le sol devant eux. Ils sont obèses et on pourrait les comparer à des vaches ou autre grosses bêtes peu dangereuses à condition de ne pas les déranger. Mais pour le père, c'est une cible facile et méprisable.
Spike joue le jeu. Il tue son premier infecté sous la pression. Mais c'est plus un traumatisme qu'une révélation. La cible agonise et souffre.
Le père tue à son tour la femme qui s'était approché par derrière, mais qui ne réagit qu'à la mort de son supposé conjoint. Il y a un troisième infecté. Un enfant. Il reste à l'écart et observe la scène. Spike empêche son père de le tuer et laisse le petit se carapater.
Ce geste de pitié rappelle une scène touchante de La Route.
PRIMITIVE
On découvre que, contrairement à la petite communauté qui régresse, les infectés ont évolué. Ils se sont adaptés. Il y a les rampants mais aussi les alphas.
Au début, les infectés ne faisaient que répondre à leurs pulsions de meurtre. Maintenant, ils obéissent à une hiérarchie. L'alpha est un infecté plus intelligent et très puissant qui mène une petite meute. Ils sont filmés comme on filme des meutes de loup, à la caméra infra-rouge.
Ils sont animalisés et en même temps, nous constatons le début d'une socialisation et d'une culture. Notamment lorsque l'on voit l'Alpha accrocher une tête de cerf dans un arbre comme un trophée, une offrande ou une mise en garde.
Tout le long du film, les humains agiront avec peu de sentiments et de morale tandis que les infectés seront progressivement humanisés.
C'est dans la droite lignée des œuvres de Romero (à commencer par le jour des morts vivant, déjà grosse référence de 28 jours plus tard et poursuivi dans Land of the dead et ses suites).
On notera aussi un super film, britannique lui aussi, The Last Girl : Celle qui a tout les dons. Qui conçois une relais avec les nouvelles générations.
TOXIC
Lorsqu'ils échappent de justesse à la poursuite de l'Alpha, ils sont célébrés.
Pas sans avoir eu à subir le refus de les accueillir malgré leur détresse comme l'Angleterre aujourd'hui ferme ses portes aux réfugiés sans la moindre compassion.
Le père enjolive l'aventure selon ses critère d'héroïsme viril pour se faire mousser publiquement.
Spike n'est pas d'accord. C'est un mensonge et ça ne colle pas à ce qu'il est.
Il est déçu et quitte la soirée pour retourner voir sa mère restée à la maison.
Sur le chemin du retour il surprend son père tromper sa mère.
Isla est atteinte d'un mal inconnu qui la rend confuse et lui fait avoir des crises de colère. Jamie la garde confinée dans sa chambre sans chercher de solution. Comme si il attendait que ça se termine pour pouvoir changer de femme car celle-ci ne lui sert plus à rien.
Spike aime sa mère et lorsqu'il apprend de la bouche de son grand-père qu'un médecin à probablement survécu sur le continent, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il est en colère. Il rejette son père, cet homme violent et lâche, menteur et traitre. Cet homme qui fait reposer sa masculinité sur la force et se montre en vérité incompétent et faible.
C'est évidemment une critique de la masculinité toxique qui est mise au cœur de la critique d'une société réactionnaire. Dans Men, Garland traitait de cette masculinité prédatrice au niveau individuel. Dans ce film, il l'élargit à la société. Mais ce n'est pas une critique de la masculinité en général car Spike aura d'autres modèles masculins plus tard.
C'est aussi volontaire que la menace la plus effrayante pour les hommes de cette petite communauté exclusivement blanche soit un grand mâle basané plus fort et viril qu'eux.
Spike aspire à plus d'honnêteté, plus de sensibilité, plus d'humanité. Il est intelligent et n'a pas peur de l'inconnu. Ce n'est pas la peur de l'autre qui guide ses pas mais l'amour de sa mère.
L'ombre de la sphère masculiniste et d'extrême droite n'est pas à négliger au Royaume Unis.
Ce n'est pas pour rien que la série qui a fait beaucoup parler au moment où j'écris ces lignes est la minisérie Adolescence qui traite d'un féminicide commis par un collégien.
C'est la patrie d'Andrew Tate. Ancien kickboxeur, accusés de viol, de trafique d'êtres humains, autoproclamé roi de la masculinité toxique qui tente une carrière politique en Angleterre soutenue par Musk et Trump. Des émeutes racistes ont eu lieu en 2024.
Spike est celui qui va conduire l'aventure et cela rompt avec le schéma qui se répétait du père qui prend soin d'une jeune personne, qui tendait à renouveler le trope machiste du chevalier blanc sauveur de jeunes femmes en détresse.
LE PALAIS IDÉAL DU DOCTEUR KELSON
Le rejet du docteur peut être vu comme un clin d'œil à la période du Covid et aux arguments antiscience qui se sont développés dans les sphères réactionnaires.
Ils voient le médecin aligner les corps et les brûler. Ils ne comprennent pas, le jugent bizarre donc dangereux et se privent d'un individu sans doute très utile. Ils sont xénophobes en rejetant l'étranger comme l'étrange.
En effet, le docteur Kelson est loin d'être fou. Il porte sur ses épaules les conséquences morbides de la pandémie. Il offre aux morts une sépulture et érige un monument en leur mémoire. La mort entre ses mains n'est pas un acte de violence barbare, mais un acte de respect ritualisé.
Alors que les soldats dans 28 jours plus tard et le père de Spike semblent très proches des infectés, de part leur fonctionnement plus pulsionnel et agressif, le docteur Kelson représente la raison. Il est aussi artiste en bâtissant son œuvre mémorielle, ainsi que philosophe.
Il offre à Spike un enseignement plus raisonnable et plus sensible où la compassion et la curiosité ont leur place. Ce qui n'est pas moins courageux.
Kelson apprend à Spike une leçon de vie plus constructive que celle de donner la mort à des inconnus : Memento Mori, Memento Amoris.
Il apprend à faire le deuil et à considérer la vie. Un message simple d'amour et de respect face à la haine et au mépris.
Spike ne fait pas la fierté de son père car celui-ci doit mentir à son sujet pour se vanter. Il reçoit cependant un amour indélébile de la part de sa mère à qui il rend hommage en plaçant ses vestiges au sommet de l'édifice mortuaire (comme on accroche l'étoile au sommet du sapin de noël). Ce geste devrait le mettre sur la voie d'une certaine sagesse.
C'est ça qui fait de lui un être mature, pas le fait de pouvoir dominer son prochain par la violence.
La distinction avec les zombies est importante. Un infecté est un malade et les médecins soignent les malades.
Le docteur Kelson ne tue pas les infectés. Il préfère les sédater et leur donne même des noms. L'Alpha est dénommé "Samson".
Samson est un personnage de la bible. Une sorte d'Hercule qui tire sa force de la longueur de ses cheveux et de sa pilosité faciale. Un être à la force surhumaine et particulièrement susceptible qui se venge de façon meurtrière des affront qui lui sont faits.
Les enfants d'Israël ont été livrés aux Philistins pour expier leurs fautes et Samson est considéré comme leur libérateur. Il meurt après avoir fait s'effondrer un temple.
(Il est question d'un temple au cœur du second volet...)
ERIK LE VIKING
Autre modèle de masculinité, le personnage de Erik. Un suédois qui se comporte en colon méprisant avec les indigènes. Cela fait échos au manque de solidarité entre les nation pendant la crise du Covid.
Il méprise aussi la vie peu originale des prolétaires (chauffeur-livreur) en préférant une carrière militaire plus valorisante pour les adeptes de la testostérone.
Il est jeune, beau, en couple avec une bimbo exposée comme une femme trophée. Un crédule qui a cru aux modèles artificiels de la société moderne mais se retrouve perdant de la masculinité. Il pense que s'il est contaminé il deviendra un Alpha, un berserk (figure guerrière appréciée par les nazis bandeurs de mythologie viking). Il sera décapité pitoyablement après avoir commis une grosse connerie sous l'effet de la panique.
On retrouve là la figure du militaire incompétent, déjà présent dans de nombreuses œuvre (à commencer par le jour des morts vivants déjà cité et 28 jours plus tard qui s'en inspire), qui se révèlent être plus une menace qu'un allié.
SISTERS OF MERCY
Enfin, il y a cette scène centrale de l'accouchement.
Alors que les infectés essayent d'apprendre à faire leur toilette, une femme s'écarte du groupe pour accoucher. Spike, Isla et Erik tombent sur elle en train de travailler.
Erik veut l'abattre mais Isla refuse et entre en empathie avec l'infectée. Elles se donnent la main et une trêve a lieu pour cet acte qui stimule leur sororité. Il y a du commun entre les êtres vivants.
La distinction entre zombie et infecté a du sens ici aussi. Les zombies sont morts, ils ne peuvent pas avoir d'enfants. Les infectés sont des personnes vivantes.
Une fois l'enfant née l'infectée s'agite. Erik panique et l'abat sans hésiter.
Les rampants n'étaient considérés comme une menace que parce que nous les assimilions aux infectés. Alors qu'ils ne semblaient pas en vouloir aux humains tant que ceux-ci n'avaient pas abattu l'un des leurs.
De même, Erik n'a pas imaginé autre chose qu'une menace. L'infectée n'a peut être réagit que pour réclamer son enfant, sans intention de s'en prendre aux humains.
Pour les uns comme pour les autres, on ne le saura jamais.
Cette logique militariste paranoïaque de voir le monde comme une menace constante (l'homme est un loup pour l'homme) et d'attaquer le premier conduit à se créer ses propres ennemis, donc à provoquer ce que l'on redoute.
L'Alpha redouble de rage après le meurtre de sa supposée compagne et l'enlèvement de sa tout aussi supposée progéniture. Ça parait logique.
Spike décide de ramener la petite nommée Isla en mémoire de sa défunte maman à la communauté.
Mais il préfère suivre sa propre voie à l'écart de cette société étriquée qui n'a pas su prendre soin d'eux.
L'ÂGE DE CRYSTAL
Le film se clôt sur la rencontre avec la bande à Jimmy.
Le film s'est ouvert sur ce personnage. Fils d'un curé fanatique qui laisse sa famille se faire massacrer comme offrande à l'apocalypse qu'il est ravi de vivre.
Jimmy est resté cet enfant déçu par la religion et fasciné par la télévision et les sentaï.
Sa bande se bat comme les power rangers en portant des vêtements aux couleurs des télétubbies et inspirés par le look du présentateur TV Jimmy Savile.
Présentateur TV qui représente l'un des plus gros choc de la culture pop britannique. Il était apprécié de la jeunesse. Il était réputé pour ses multiples contributions philanthropiques. Il a même été anobli pour ça. Il s'avérait être un pédophile de masse qui se servait de ses actions philanthropiques pour violer des gens de tous âges.
La seconde victime de l'expédition meurtrière est un infecté pendu par les pied, soumis à la torture d'être lentement dévoré par un corbac (un peu comme Prométhée) avec Jimmy gravé au couteau sur le torse.
Si le prochain opus traitera de l'origine du mal, on peut parier que Jimmy ne sera pas Jésus mais plutôt l'Antéchrist.
Dommage, cette irruption punk m'a procuré beaucoup de plaisir, surtout en pensant au tri qu'elle allait opérer chez les timorés.
La bande d'orange mécanique semble avoir inspiré celle-ci.
J'imagine que dans 28 jours plus tard : the bone temple, nous retrouverons la communauté réactionnaire, la bande nostalgique coincé dans le passé, le docteur en mission pour la postérité, la petite Isla qui semble ne pas souffrir de l'infection (je ne sais pas encore ce que ça veut dire). Nous découvrirons peut être aussi quel folklore s'est développé dans cette petite communauté isolée à l'effigie d'infecté au front percé d'une flèche.
LOVE DEATH AND INFECTED
Pour conclure, le récit nous propose donc un jeune garçon qui va rejeter sa communauté réac', xénophobe, violente et étriquée, pour suivre un parcours plus humain et capable de comprendre le monde nouveau.
On voit que la vie est du côté des infectés qui représentent l'émergence d'une nouvelle espèce primitive mieux adaptée en opposition à une civilisation en déclin et incapable d'évoluer.
Il prend à revers le schéma habituel du post-apo partant du point de vue de la communauté hostile vers un point de vue moins pessimiste et moins paranoïaque.
Il invite à faire le deuil du vieux monde et à jeter aux chiottes les représentations pourries de la masculinité pour redevenir des gens biens, malgré les difficultés et les menaces. À privilégier la coopération à la défiance. La raison à la peur. La curiosité aux préjugés.L'amour à la haine.
Ça parait peu original mais ça l'est bien plus que le schéma habituel de ce genre.
Comme dit dans la vidéo d'Exitium, si vous voulez une version augmentée de 28 jours plus tard dans le spectaculaire, sans propos dérangeant, ça existe déjà : L'armée des Morts et c'est nul.
Vous pouvez aller vous ennuyer devant la série Walking Dead qui vous resservira la même soupe avec plus de pétards (la série de comics est bien meilleure).
Moi, perso, je demande à une œuvre qu'elle me dérange, qu'elle me parle. Je veux voir les auteur.ice.s essayer avec audace d'apporter quelque chose de nouveau et de faire progresser nos imaginaires et nos représentations. Dans l'objectif de nous préparer mieux à bâtir un monde meilleur, à nous préserver de la reproduction de nos erreurs.
Nous avons besoin en ce moment de récits qui arrêtent de nous pousser à considérer les autres comme une menace systématique et à nous méfier de nous-mêmes.
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