2026 compte une dizaine de films consacrés à la période de la seconde guerre mondiale.
Dont 5 sont français (soit la moitié) et 1 coproduit en France.
La proposition me pose sérieusement problème.
C'est un sujet inépuisable mais pour dire quoi ?
On se demande si la seconde guerre mondiale est encore prise au sérieux ou un sujet usé sur lequel les bourgeois n'ont plus rien à dire.
Car on ne va pas tourner autour du pot. Le cinéma est un art monopolisé par la bourgeoisie dont les œuvres reflètent la vision du monde et de l'histoire qu'a cette classe (le "bourgeois-gaze").
Suite aux polémiques soulevées par certains films à ce sujet, la question se pose :
Qu'a-t-elle à nous dire ? Quel usage veut-elle faire de ce sujet ?
Pourquoi parler de cette période en ce moment ?
La seconde guerre mondiale est-elle encore un traumatisme ou un simple décor ?
Quelles sont les intentions des cinéastes et acteur.ice.s impliquées dans ces productions ?
Quand on voit leurs films et qu'on les écoute, j'ai bien l'impression qu'on assiste à un désastre.
L'HISTOIRE EST UNE QUESTION ADRESSÉE AU PASSÉ DEPUIS LE PRÉSENT.
Tout d'abord, précisons une chose.
Une œuvre voit le jour dans un espace-temps qui n'est pas vierge.
Les producteur.ice.s comme le public sont influencés par le contexte historique, politique, économique, social et culturel dans lequel iels baignent.
Je parle depuis la France de 2026.
Un pays qui hérite d'une histoire complexe de la seconde guerre mondiale dont nous subissons encore les remous.
La France a été occupée par l'Allemagne nazi entre 1940 et 1945.
Seul pays en Europe dont le gouvernement a volontairement collaboré (le régime de Vichy de Pétain).
La collaboration française a été un traumatisme (guerre civile) autant que l'occupation.
Une partie de la France a résisté. Depuis l'extérieur du pays (FFL) et depuis l'intérieur (FFI).
Cette histoire a fait l'objet d'un mythe national discutable.
Après la libération, on a tenté de laver le déshonneur de la collaboration, très majoritaire, en fermant les yeux sur l'ampleur des crimes commis par les collabos français, mais aussi sur la lâcheté de la majorité de la population, en grossissant les rangs de la résistance. Le mythe du "tous résistants".
Le documentaire "Le chagrin et la pitié" de Marcel Ophuls sorti en 1969 tentait déjà de rétablir une part de vérité contre ce roman national falsifié qui a créé une génération d'imposteurs.
La période d'épuration qui a suivi la libération a été peu rigoureuse.
La dépétainisation, bâclée par calcul, s'est attaquée à de petits collabos et à quelques figures symboliques (qui ont joué le rôle de bouc-émissaires) tout en épargnant une grande quantité de collabos et de criminels qui pouvaient encore servir (tels que Papon).
Notamment dans les guerres colonialistes qui ont immédiatement suivi en Indochine puis en Algérie où ils ont été libres de sévir. Les crimes qui y ont été commis (les massacres, la torture...) sont des hontes indélébiles qui entachent notre nation.
Le CNR et son programme "les jours heureux", malgré d'importants progrès historiques (tels que la sécurité sociale, la retraite, la fin de la féodalité économique, une amélioration du droit du travail, plus de démocratie, le CNC...), ont été de courte durée. La guerre froide a été le prétexte pour mettre un terme à ses ambitions.
L'état social et antifasciste prévu n'a pas pu aboutir.
La faille subsistait pour que la bête puisse resurgir.
Suite à la guerre d'Algérie, on assiste à la résurgence, dans les années 70, d'une extrême-droite qui comprenait des collabos, des nazis, des colonialistes tortionnaires, des fascistes... donnant naissance au Front National, maintenant Rassemblement National (same shit).
Les dignes héritiers de ces salops sont plus populaires que jamais dans les urnes et sont sur le point d'accéder au pouvoir en France lors des futures élection présidentielles de 2027. Les historiens compétents sur la seconde guerre mondiale et le fascisme ne peuvent plus ignorer l'évidence des similitudes entre notre époque et les années 30 qui ont vu les mouvements réactionnaires monter en puissance face aux renoncements et aux compromissions des élites bourgeoises. Nous sommes en période préfasciste et c'est pourquoi les comparaisons avec ce passé sombre s'imposent à nous.
Certains, comme à l'époque, souhaitent la victoire des mouvements réactionnaires pour contrer les évolutions progressistes de la société (les fachos). D'autres voudraient, contrairement à l'époque, faire échouer les fascistes avant qu'ils n'emportent avec eux toute la société dans l'immondice (les antifas).
"Plus jamais ça".
Entre ces deux feux règne une grande confusion qui concerne la majorité de la population, conséquence d'une propagande délétère abondamment diffusée par des médias complices.
Cela fait échos à des œuvres célèbres telles que La résistible ascension d'Arturo Ui de Berthold Brecht ou Rhinocéros de Ionesco.
Oui ! Nous sommes de nouveau dans une période de crises politiques dangereuses au potentiel rétrograde et violent. (Extrême-droite qui pourri la société et s'apprète à se saisir du pouvoir, climat, guerre...)
Notre responsabilité collective est d'éviter ce piège en commençant par ne pas réitérer nos erreurs.
Les œuvres artistiques ont un rôle à jouer pour nous aider à affronter ces épreuves. Sortir un film sur la seconde guerre mondiale, qui plus est sur la collaboration ou la résistance, a des implications politiques importantes.
Cela demande aux créateur.ice.s d'avoir conscience de ce qu'iels font. C'est à dire dans quel contexte s'inscrit cette œuvre, ce qu'elle dit et quel effet elle aura.
Créer n'est jamais neutre.
Rendre public une œuvre c'est engager son pont de vue, le nier est irresponsable.
Nous sommes au bord de la catastrophe. Nous parlons d'évènements graves.
Il y aura des conséquences à ce que nous faisons maintenant.
Alors que disent ces films ? Sont-ils à la hauteur des enjeux ?
Je vais me concentrer sur ceux que j'ai vu. Nuremberg, Des rayons et des ombres et La bataille de Gaulle.
Je parlerais aussi des polémiques très révélatrices autour de Moulin (qui a été diffusé à Cannes en mai).
LE NAZI COMME FAIRE-VALOIR.
Nuremberg m'a un peu déplu, mais pas indigné.
Le film n'est pas désagréable à regarder. Les acteurs (parce que les femmes ne sont pas très présentent) sont bons. En particulier Russel Crowe qui a la tâche ingrate d'incarner cette grosse merde de Göring.
Ils font explicitement un lien entre les méthodes des nazis et celles de l'administration Trump.
Ce n'est pas révolutionnaire mais au vu des lacunes des autres œuvres, c'est à saluer.
L'exposition frontale aux crimes nazis est un bon rappel.
Cependant.
Il se laisse aller à la rhétorique de l'affrontement épique entre grands hommes. Ce qui met tout de même l'antagoniste nazi sur un piédestal. Plus l'adversaire est fort, plus le héros est remarquable. Alors on accrédite le mythe du surhomme nazi (génie du mal) pour que les américains soient des sur-surhommes.
Il y a aussi l'écueil de la psychologisation des nazis. Monstres fous furieux ou banalité du mal ?
Le film n'évite pas le trope psychophobe qui psychiatrise le nazisme plutôt que de reconnaitre qu'ils ont appliqué en Europe ce qui se pratiquait systématiquement dans les colonies et sur le sol Américain (c'est évoqué sans plus). Les historiens parlent de modernité nazie. C'était très rationnel.
Ce film se laisse regarder mais sans plus.
Peu ambitieux finalement et pas à la hauteur du titre.
Disons qu'il a le mérite d'exister pour les profanes.
DES RAYONS ET SURTOUT DES OMBRES
Des rayons et des ombres m'a mis en colère.
On va évacuer les points positifs rapidement car ils sont peu nombreux.
Jean Dujardin joue bien le collabo. C'est un bon acteur en mode vieille f-rance.
Le réalisateur avait surement la volonté sincère de montrer comment les renoncements et l'ambition personnelle peuvent transformer un homme "bien intentionné" en collabo.
Est-ce une mise en abime ?
Car le film prend pitié de ses protagonistes et déforme la réalité pour l'atténuer. Comme un scrupule.
Clairement, l'empathie est faite sur ces personnages qui profitent de la collaboration en se rendant aveugles à ses effets et ses conséquences.
Le problème c'est que le réalisateur se rend lui-même aveugle et en fait de même pour les spectateurs.
Les victimes du régime pétainiste et nazi sont hors champs (à de rares exception prêtes).
Certaines scènes qui cherchent à nuancer le personnage sont inventées, tout comme celles qui veulent salir la résistance.
J'ai détesté la fin. La compassion artificiellement fabriquée pour humaniser des collabos est forcée en restreignant la résistance à une bande de brutes.
La plupart du temps, le film dit des choses assez consensuelles, mais montre et fait ressentir le contraire.
Ce que j'appelle la dissonance cinémato-narrative (contradiction entre le fond et la forme, entre la thèse et les procédés esthétiques).
Au final je pense que le procédé est plus révélateur du fond de la pensée du réalisateur, car on y retrouve ses affects qui sont bien plus intimes et profonds.
On ne peut pas reprocher à un bourgeois de s'identifier à un autre bourgeois. Mais je lui reproche sa malhonnêteté à prétendre dénoncer la collaboration dans son discours, peu ambitieux, en étant complaisant dans ses procédés.
DEUX GAULLES OU DEMIE MOLLE ?
La bataille de Gaulle - l'âge de fer & J'écris ton nom m'a déçu.
Surement parce qu'il y avait un potentiel énorme.
C'est une entreprise ambitieuse de Pathé pour alimenter son catalogue de patrimoine culturel français entamé avec Les 3 Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, qui se poursuivra avec Les Misérables. Des bloc busters made in France avec gros budget et fierté nationale. On pouvait donc s'attendre à une autre œuvre consensuelle pour le grand public. Mais j'avais quand même l'espoir d'un film de résistance encourageant.
Parlons d'abord du premier volet :
Dans un premier temps, le film m'a plu par son efficacité dramaturgique.
Le récit en lui-même. Comment on construit la figure du résistant, seul contre tous avec la force de sa détermination, malgré les coups durs et les tentations de renoncement devant l'ingratitude de la tâche. Simon Abkarian - "je ne voterais jamais à droite, ça c'est sûr. Encore moins à l'extrême-droite" - a bien travaillé son rôle. La relation avec Churchill fonctionne. J'aime bien ce mélange de tragique et de comique.
Il y a des passages peu connus qui ont enfin un traitement dans un film grand public.
Le drame de Mers El Kébir et surtout, la bataille de Bir Hakeim (qui méritait un film en soit pour tirer tout ce que contient cet évènement). Belle dédicace à Susan Travers et aux bretons de l'île-de-Sein.
On y voit que la France libre reposait sur les colonies. Fait méconnu dont on devrait se rappeler beaucoup plus.
Mais en sortant, j'étais mal à l'aise. Il y a eu des moments de grincements pendant mon visionnage.
Il m'a fallu quelques minutes d'introspection pour remettre le doigts sur les problèmes.
D'abord, les troupes coloniales indigènes, même si elles sont présentes à l'écran, ne jouent qu'un rôle de figuration. On ne les entend pas parler. J'ai bien peur qu'on ne les limite qu'à un rôle d'outil et pas d'acteurs.
Mais surtout, les motivations des résistant.e.s sont passées sous silence.
Pourquoi résistent-iels et à quoi résistent-iels ?
Cela pourrait avoir une utilité pour les spectateur.ice.s, afin de les comprendre et de s'en inspirer.
Nous n'avons accès qu'à celles de De Gaulle, qui sont le patriotisme et l'honneur (a priori).
On se révolte contre l'humiliation de la défaite et l'occupation d'une armée étrangère. On comprend leur refus de l'occupant, mais que pensent-ils du nazisme ?
Qu'en pensent les autres ? Ceux qui luttent contre le nazisme car c'est une question de valeurs humanistes et démocratiques. Contre la dictature, le racisme et la barbarie.
Les antifascistes et les communistes (avant 1941, Staline n'appelait pas à la résistance mais les communistes n'ont pas attendu) sont invisibilisés.
Jean Moulin apparait mais ses motivations ne sont pas présentées.
Inversement, l'assassin de Darlan est présenté comme un résistant lambda or ses motivations politiques sont ambiguës (apparemment un républicain dont le père était militant à l'action française d'Alger). Là aussi, sans doute plus un patriote qu'un antinazi.
Il y avait effectivement plusieurs raisons de s'engager dans la résistance.
- Il y avait celleux qui s'engageaient parce qu'iels étaient opposé au fascisme, au nazisme, au franquisme et au pétainisme. Pour des questions de valeurs et de politique (humanistes, communistes, démocrates...). Les antifascistes par essence.
- Il y avait celleux qui s'engageaient par patriotisme ou nationalisme, y compris des militants d'extrême-droite (monarchistes par exemple). Qui n'étaient pas fondamentalement contre le fascisme mais plutôt opposé à l'invasion étrangère (les allemands et les italiens en l'occurrence). Ils étaient plus motivé par un sentiment antiallemands qu'antifasciste. De Gaulle semble se situer ici (vu sa carrière politique).
- Il y avait celleux qui se révoltaient contre l'injustice (pillage par les allemands, persécution des juifs, des minorités et des opposants, arbitraire et autoritarisme du gouvernement de Vichy...). Des gens simplement généreux ou sensibles à l'injustice qu'on a appelé "les justes". Résistance plus morale et spontanée qu'idéologique, même s'il n'y a pas de fumée sans feu.
- Il y avait celleux qui refusaient d'aller travailler en Allemagne. Les réfractaires au STO (1943, plutôt tardifs). Cela n'avait pas grand-chose à voir avec la morale. Il s'agissait plus d'une rébellion individuelle réactive. C'est pourtant ce qui a permis à la résistance de grossir, en particulier dans les maquis.
- À la fin, quand le vent avait tourné (après juin 1944), il y avait tous les opportunistes qui voulaient être du côté des gagnants pour faire oublier leur passivité, ou leurs compromissions. Les résistants de la dernière heure. Surement les plus haïssables car ils n'ont rien fait quand il le fallait et tiré les bénéfices du sacrifices des premiers résistants.
J'en oublie surement...
Ce sont des archétypes et la réalité regorge toujours de contre-exemples ou de situations plus nuancées. Il peut y avoir eu des changements sincères en cours de route.
Mais la vérité générale reste que la résistance était minoritaire et que les antifascistes par essences (en grande partie des communistes) ainsi que les indigènes des colonies sont celleux qui ont payé le plus lourd tribut en étant en première ligne quand tous les autres se planquaient.
Bref, même si je suis content d'avoir vu un film qui met en scène la résistance, qui plus est avec des moyens ambitieux, je reste déçu par la dépolitisation de l'engagement des personnages et je pense que le patriotisme et l'honneur ne sont pas des ressorts suffisants et pertinents pour l'antifascisme. Au contraire même.
J'y reviendrait.
Passons à la deuxième partie :
J'étais impatient de voir la suite car il y avait tout de même du bon et je gardait l'espoir d'un sursaut.
De l'avis général, ce deuxième volet est plus réussi.
En effet, je trouve aussi que la structure s'articule mieux. Ce qui a été posé est bien exploité.
Je suis quand même assez impliqué aux côtés de De Gaulle, malgré mes doutes sur la sincérité de son antifascisme, car les nazis et les pétainistes sont les méchants et que la dramaturgie fonctionne bien.
Le personnage principal est déterminé, sur la brèche, intelligent et du bon côté de l'histoire.
Thierry Lhermitte est bon en général vichyste. Le duel De Gaulle et Giraud est bien mis en scène. Les acteur.ice.s sont bon.ne.s globalement.
Montrer que les USA sont des alliés peu fiables idéologiquement (impérialisme, racisme, etc...) est pertinent et rarement évoqué.
Mais les défauts éthiques relevés dans la première partie subsistent.
Les troupes coloniales sont copieusement misent à l'honneur (on les voit se battre durement, on voit les espagnols antifascistes, on parle du "blanchiment" de l'armée française...) mais ne sont toujours pas sujets.
Enfin si, sujets coloniaux.
On évoque la contribution des femmes dans les ambulances (Rochambelles). Mais comme pour les bretons, on ne les utilise pas dans le scénario. Ce ne sont que des citations.
Les scènes de batailles ne sont pas géniales. Le manque de moyens et de talent pour le cacher gâchent de gros efforts manifestes. (Le budget est énorme pour un film français mais en dessous des standards pour une telle fresque historique qui veut inclure des bataille à grande échelle).
Je n'ai jamais aimé les discours d'avant bataille que je trouve toujours bidons. C'est le cas ici aussi (même si on y était presque, ça reste ridicule à mon goût).
On peut regretter l'absence de protagonistes indigènes, étrangers ou communistes. Aux motivations plus explicites.
On me dira qu'on ne peut pas tout mettre, c'est vrai. Il y a donc des choix à faire sur ce qu'on montre ou non. Ce que l'on critique n'est pas seulement ce qui a été gardé, de ce coté là ça va, c'est ce qu'on ne montre pas, et les vides sont très problématiques.
Les motivations des résistants restent inconnues. on résiste juste contre des méchants occupants ou collabos sans préciser la nature du mal (à par l'antisémitisme).
Cela se contente de stimuler une sorte de patriotisme et je ne partage pas ce sentiment.
Le patriotisme est une mauvaise raison d'être antifasciste car il peut se retourner en nationalisme et donc en fascisme.
La suite de l'histoire (ce diptyque s'arrête avant, bien sûr) prouve que cela fabrique un antifascisme de circonstance et non de valeur, qui aura mené les troupes de De Gaulle et De Gaulle lui-même, à soutenir le colonialisme dès 1945 par la reconquête de l'Indochine et jusqu'en 1962 au terme du bourbier d'Algérie. Presque 20 ans de déni de la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes et de conflit armé pour mater les résistances des peuples colonisés. Au nom de la patrie.
N'oublions pas non-plus le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata qui a suivi l'annonce de l'armistice du 8 mai en Algérie, qui s'est déroulé sous mandat du gouvernement provisoire de De Gaulle. Au nom de la France aussi. Une très grosse tâche au tableau.
Et oui, l'empire colonial c'est ce qui a permis à De Gaulle de retrouver une place au près des alliés et à garantir la souveraineté de la France, au prix donc de la souveraineté des colonisés. Il était donc difficile pour De Gaulle de s'en séparer.
Autrement dit, la résistance d'une grande partie du Gaullisme a consisté à passer de libérateur à occupant, en refusant aux peuples colonisés la liberté que ces mêmes peuples ont contribué à rendre à la France. On peut faire mieux comme antifascisme.
Conclusion :
Ce film est plutôt bon prit dans son ensemble (plus de 5h). Il y a eu de gros efforts et des moments très efficaces. Il est dense et je suis tout de même content qu'il existe car le sentiment de fierté lié à la résistance est un bon point de départ pour arriver à l'antifascisme. À condition de faire le boulot pour lier les deux. Ce que ne fait pas ce film. C'est son plus grand défaut.
C'est un film à la gloire du Gaullisme. Même si des rôles secondaires sont mis en avant c'est bien un grand homme qui est célébré et qui prend toute la place en écartant le rôle aussi important des autres forces politiques (tels que les communistes qui ont vraiment pesé). Le film parle de politique comme intrigue de pouvoir dépolitisé afin de renforcer la cohésion nationale en gommant les antagonismes pourtant réels. Une cohésion creuse et suspecte.
Ça ne nous sera pas d'un grand secours dans les mois qui suivent.
J'en veut pour preuve les commentaires et critiques du film qui se multiplient.
Le Figaro apprécie ce film.
J'en ai regardé pas mal mais il y en a une qui m'a sidérée.
Le gars a eu les larmes aux yeux tellement il s'est senti fier d'être français. La résistance est une part honorable de notre histoire. Le film a su tirer sur sa fibre patriotique.
Quelques jours plus tard, il fait la critique d'un autre film, tellement cliché qu'on dirait que le réal a demandé à une IA pétée "fais-moi un scénario de vigilant movie pour fachos". Il est fort possible que le réal l'ai fait par cynisme et appât du gain. Mais le commentateur, tout en reconnaissant l'outrance de l'objet, affirme "qu'il dit tout haut ce que les gens pensent tout bas". Il s'agit de xénophobie, de racisme et de haine des institutions. De la pure démagogie d'extrême-droite complotiste. Comment peut-on être du côté des résistants devant La Bataille De Gaulle et du coté des fachos dans la vraie vie ?
Onfray, ce philosophe en papier cul, conseil d'aller voir le film sur son média de réac' raciste.
L'être humain a une capacité incroyable à se raconter des histoires et à voir la réalité selon un prisme très subjectif. Les fachos sont des champions pour déformer la réalité et la torde à leurs délires. Si le film est ambiguë, il laisse tous les espaces nécessaires à l'interprétation.
D'où vient cette ambigüité ?
L'auteur, Antonin Baudry, était au ministère des affaires étrangères puis à l'intérieur pour des ministres de droite tels que De Villepin. Les restes de droitards qui se souviennent qu'on ne pactise pas avec le RN. Des gens de droite pas fachos, c'est bien l'une de leurs seules vertus, mais ça ne suffit pas. La limite entre la droite est l'extrême-droite n'est pas nette. Les gens de droite sont eux-mêmes flous.
À nous de faire le boulot de clarification.
MOULIN OU GIROUETTE
Lors de la conférence de presse de l'équipe du film Moulinprojeté à Cannes, un journaliste de la chaine "parole d'honneur" (chaine militante décoloniale des quartier populaires) a posé une question à Gilles Lellouche.
" L'année prochaine se dérouleront les élections présidentielles en France. Le Rassemblement National, fondé par certains des collaborateurs de Klaus Barbie (le gars qui a torturé et tué J. Moulin) - traitres à leur nation - ont une chance d'arriver au pouvoir. Pensez-vous qu'il est aujourd'hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre résolument le Rassemblement National ? Pensez-vous également que la France insoumise, majoritaire à gauche, est aujourd'hui le meilleur rempart à l'extrême-droite, son programme étant aussi inspiré du conseil national de la résistance (fondé par J. Moulin)".
En gros : vous qui incarnez Jean Moulin et faites son éloge, pensez-vous que, pour se montrer digne de celui dont vous prétendez vous inspirer, il faut combattre les héritiers de ceux qu'il combattait et qui l'ont assassiné, et soutenir les héritiers de ce pour quoi il se battait ?
Simple.
Il aurait été facile de répondre de façon consensuelle, fort de l'appui sur le personnage incontesté de Jean Moulin. En évitant de trop prendre parti. Ils savent rester vagues quand ils veulent.
Le bourgeois est pisseux mais sauve les apparences.
Mais patatra! Ce n'est pas ce qu'il a fait. Il a répondu ça :
"Elle est pas un tout petit peu orienté votre question ? J'ai pas de réponse à ça monsieur..."
WTF ?!?!
C'est ce qu'on pouvait répondre de pire.
Faire preuve de la plus grande des lâchetés quand on prétend mettre à l'honneur le courage.
Préserver sa petite personne quand on veut rendre hommage au sacrifice.
Depuis, on le nomme Gilles Lellâche.
Il avait prévenu qu'il ne "serait jamais à la hauteur de ça" en parlant du combat de Jean Moulin.
Quand on lui demande s'il y a des résonnance entre le personnage et lui (si il résiste), il répond "non aucune. Ce serait très présomptueux de ma part". De ouf!
Quand j'ai vu ça, malgré le peu d'estime que j'avais pour lui, il m'a surpris et dégouté.
Même celui qui a posé la question ne devait pas s'attendre à un tel vautrage.
On dit que la question était un piège.
Que dalle !
J'affirme qu'il n'y a aucun piège à demander si on peut incarner Jean Moulin sans être antifasciste. La question est truffée de perches pour l'aider et il se viande quand même.
On va continuer à décortiquer leurs éléments de langages. Ça nous aidera à comprendre leur pensée et leur motivation derrière ces productions.
Il a dit qu'il fallait "être fidèle à ses idées". Il s'est déjà prononcé contre le RN et pourtant il se couche à la première occaz, même quand il est en position de force.
Il a dit aussi "Il y a deux formes d'humanité. Celle qui cherche la lumière et celle qui cherche l'obscurité. Et dans la mesure du possible il faut se battre pour aller vers la lumière, la démocratie, la liberté..."
Je ne savais pas que Jean Moulin était électricien.
Le manque de "clarté" n'est pas innocent, c'est de la confusion ou de la lâcheté.
Si on veut simplifier par la binarité, les deux types d'humanité, ce sont les fascistes & collabos d'un côté et les antifascistes de l'autre. Cela impliquerait de devoir choisir son camp.
Il est ému d'"avoir le culot d'envisager cet homme".
Le culot de Gilles Lellâche s'est d'avoir parlé d'une "Immense responsabilité" en étant capable d'endosser le costume d'une figure aussi symbolique de la résistance et d'être aussi lâche au moment de montrer concrètement le minimum de respect pour son combat.
Rappelons que Jean Moulin a tenté de se suicider en se tranchant la gorge pour ne pas avoir à collaborer avec les nazis. Mais pour Lellâche, condamner l'extrême-droite, c'est trop dur.
Ce n'est pas que le problème d'un seul homme. Il y a une équipe entière qui ne fait pas preuve de plus de courage ni de plus de pertinence.
LA RESISTANCE, PARCE QUE JE LE VAUT BIEN.
Voilà que le réalisateur et le reste de l'équipe s'en mêlent.
Le réalisateur, Laszlo Nemes, gêné, s'esquive en disant "Je sens qu'on est vraiment pas là pour commenter la politique française".
Bah non. Aucun rapport ! C'est pas comme si on était sur le point de voir de nouveau l'extrême-droite au pouvoir en France et comme s'il n'y avait pas des paniques racistes constamment et des nazis plein les rues ou dans la police et l'armée.
Plus tôt dans la conférence de presse, lorsqu'on lui parle d'autres contextes politiques où le fascisme progresse, en Hongrie ou en Ukraine, car il est bien le seul à ne pas voir le rapport entre la seconde guerre mondiale et aujourd'hui, il bottait déjà en touche.
Une journaliste Hongroise lui pose une question sur la liberté créative en fonction du contexte, inspirée de la politique d'emprise et de censure du gouvernement Orban sur les médias.
Il répond sans trembler :
"En tant qu'artiste je me bat toujours contre le conformisme d'un média donné" "je sens instinctivement qu'il faut que je m'oppose, que je résiste à ces tendances pour que je trouve ma voie". Par ailleurs il est "heureux pour la Hongrie" qu'elle ait "retrouvé sa liberté".
Je me demande s'il est con ou s'il fait semblant de ne pas avoir compris la question.
On ne te parle pas d'anticonformisme dans le cinéma ducon ! On te parle de liberté créative dans un état autoritaire. Pour lui, qui s'inspire de Jean Moulin, résister c'est refuser de passer au numérique.
Si tu es content que la Hongrie ait retrouvé sa liberté c'est que tu sais bien qu'elle l'avait perdu !
Il n'y a pas que Gilles Lellâche, il y a aussi Lâchelo Nemes.
Une autre journaliste, ukrainienne cette fois, dit qu'en voyant le film elle ne peut pas s'empêcher de penser au présent (lol). Elle demande si ils ont pensé à ce parallèle ou si ce n'est que du passé. Il va donc en remettre une couche.
"Mon travail de metteur en scène c'est d'explorer la capacité de l'être humain d'exister dans différentes dimensions" "on croit toujours qu'on est meilleur mais il y a toujours cette tentation de la barbarie" et "la possibilité de s'élever, d'être meilleur".
On parle d'un type torturé à mort. Comme expérience philosophique transcendantale on fait mieux. Passer à la question face à la Gestapo, ce n'est pas un stage de yoga sous LSD pour explorer des dimensions. L'écriture du scénario a été "Un voyage" pour lui.
"On a fait ce qu'on a pu pour rendre hommage à Jean Moulin qui était pour moi une figure dont on a pas vraiment mesuré la portée dernièrement" "On oublie, au delà de la figure historique, ce que la personne a accompli"
Tiens tiens... et quelle est donc la portée de cet engagement ? Lutter contre le fascisme au mépris de sa propre vie ? Contribuer à réunir tous les groupes de résistance autour d'un projet de transformation politique et sociale grâce au programme antifasciste du CNR "les jours heureux"?
Que nenni.
"Pour moi, ce qui importe, c'est d'emmener le spectateur dans une réalité de quelqu'un qui est beaucoup plus seul que ce que l'on pense" "pour moi, c'est l'individu et la liberté qui sont les choses les plus importantes" Il répète plus tard "Je crois que la liberté individuelle, c'est le plus important. Je crois que c'est le message de Jean Moulin et c'est pour ça qu'il est mort." "Jean Moulin, à son niveau, a essayé de faire autant que possible pour avoir la meilleure version de lui-même".
Apparemment, pour le réal, le combat de Jean Moulin c'était du développement personnel.
Il fait semblant d'ignorer que J. Moulin était un membre de la SFIO, un socialiste (au sens de l'époque) qui ne se battait pas seul (il était en contact avec l'ensemble de la résistance française) et qu'il se battait pour les libertés collectives et l'égalité et la fraternité. Pas que la liberté. Il a sacrifié sa vie et donc sa liberté pour les autres.
Mais vu que son logos sonne creux, il fallait essayer de mettre un peu d'ethos et de pathos.
"J'ai grandi dans un pays dans lequel on n'avait pas la liberté, dans les années 80" (Il est le fils d'un réalisateur Hongrois - surprise)
Il n'oubliera jamais "la situation où on n'a pas la liberté. Dans la vie quotidienne".
Trigger warning! Nous sommes sur le point d'avoir un témoignage bouleversant sur la dictature à travers les yeux d'un enfant.
"On est en ligne, en classe, dans le gymnase et on chante des chants soviétiques"
On dirait OSS 117 ! Pour lui, la dictature c'est de chanter des chants soviétiques. Quelle souffrance ! Jean Moulin se battait pour qu'on ai le droit de ne pas chanter le matin, et surtout, de choisir son répertoire. L'internationale à 8h du mat' : c'est ça la barbarie monsieur !
Il insiste sur son rapport à l'art. Il avait "une vraie vision de la vie, de l'art" "de la civilisation" "un vrai humaniste".
Heureusement que ce n'était pas un ouvrier illettré. On n'aurait pas pu s'identifier. Surtout que les ouvriers étaient souvent communistes. Vous savez, ces horribles types qui vous font lever aux aurores pour chanter des hymnes au goût discutable. Rappelons que Jean Moulin était allié avec les résistants communistes. On avait beaucoup de ploucs et de gens simples dans la résistance tandis qu'une grande part des élites culturelles (dont le cinéma), dignes représentantes de la civilisation, ont copieusement collaboré ou évité de se mouiller.
(spéciale dédicace à Jean Gabin. Il était chef de char dans les blindés de marine FFI avec la 2°DB de Leclerc. Revoir Le Président (1961) qui renseigne un peu sur ses opinions).
Il dit lui aussi qu'il "mesure la responsabilité qu'on a quand on parle de Jean Moulin" ce serait ce "sentiment" qui les a "guidé tout au long du film" parce que c'est un sujet "proche des mes préoccupations" "des chose fondamentales, civilisationnelles entre le bien et le mal" d'une confrontation entre la "meilleure version" et la "pire version de l'être humain".
Le bien et le mal. C'est de la morale abstraite. Les nazis parlaient de civilisation, eux aussi, et s'estimaient être les "meilleurs versions" de l'humanité. Les socialistes, tels que J.Moulin, parlent plutôt de classe. On ne parle pas de mal et de bien, on parle de justice. On est matérialistes et politiques, pas moralistes ou philosophes de salon cossu.
Allez, on ne va pas s'acharner trop sur ces pauvres bêtes. Juste le producteur et une ou deux citations pour conclure sur ce naufrage. Parce que ça nous renseigne.
- Le producteur parle de "l'un des plus grands héros du 20ème siècle français" et de son
"Extraordinaire destin".
Quelle aventure et quel destin de finir assassiné sous les coups des SS. Revivez la sucess story de J. Moulin dit le GOAT capable de résister contre la barbarie mais toujours avec style et élégance.
"Ce qui nous a bouleversé dans le parcours de Jean Moulin, c'est que c'est un homme qui se situait au dessus des partis".
Ah bon? C'est bouleversant ça? Je croyais que c'était le sacrifice et la lutte contre la barbarie etc...
Unir les partis ne veut pas dire se placer au dessus. Ça ne veut rien dire en fait. Transpartisan en tant de guerre ne signifie pas apolitique.
"Il a tenté de rassembler, non pas autour de la nation, mais de la patrie. La patrie c'est liberté égalité fraternité".
Non, pas du tout, ça c'est la devise de la république française.
La patrie c'est autre chose. Une histoire de territoire et d'appartenance.
Il a tenté de rassembler autour du combat antifasciste, y compris des communistes et des anarchistes qui sont par définition internationalistes et des étrangers qui combattaient le fascisme et le nazisme pour des idées humanistes et non pour la patrie française, qui les opprimait à ce moment.
Tous les fascistes se disent patriotes et ils sont par nature à l'opposé de la devise de la république française.
Le gars n'y connait rien et s'emmêle les pinceaux. Participer à ce film ne lui a pas appris grand-chose donc, c'est inquiétant.
"Il est mort au nom de la liberté"
Tiens, l'égalité et la fraternité ont disparu ?
Lorsqu'il est utilisé seul, le concept de liberté est utilisé par les droitards pour s'opposer à tous les autres.
Tout ça pue le bourgeois encore et encore. J'en ai marre d'eux et de leur bêtise.
- Le scénariste était intéressé par le potentiel scénaristique et le calvaire. Il ne parle pas vraiment du combat qu'il a payé cher.
- Dans cette conférence de presse, les acteur.ice.s parlent "d'un immense honneur de tourner avec Lazlo"
Le combat de J.Moulin passe après le bénéfice social que le film leur apporte.
Dormir une nuit en prison pour préparer son rôle a permis de "commencer vraiment l'aventure".
La prison, la torture, la clandestinité, la peur, etc... quelle expérience enrichissante et romantique. Je suis un bourgeois tellement confi dans mon petit confort et tenu éloigné des tourments que je frétille à jouer au résistant persécuté comme dans un escape-game glauque. À quand une saison de Koh Lanta dans un camp de concentration ? Des touristes.
Mais en dehors de cette conférence, les prises de paroles ne sont pas plus explicites.
"C'est la résistance du passé qui nous permet de résister au présent"
Résistance à quoi? Il y a des gens qui se prennent pour des résistants en luttant contre l'immigration qu'ils considèrent comme une invasion. D'autres qui résistent au wokisme ou aux Illuminatis. D'autres à la tentation de prendre position contre l'extrême-droite.
LE CHAGRIN MAIS PAS DE PITIÉ
C'est un ramassis de formules abstraites et confuses qui révèle un grand manque d'honnêteté et de conviction.
Ils tentent de dépolitiser la résistance.
Ça pétoche à soutenir LFI et à condamner le RN. Jean Moulin était allié aux communistes, qui à l'époque, étaient autrement plus offensifs que LFI. Les fascistes de l'époque aussi c'était autrement plus intimidant que les connards en cravate qui mangent des dragibus et qu'on invite sur les plateaux télé complaisants avec des questions de niveau CP pour ne pas les mettre en PLS.
Plus le RN se rapproche du pouvoir grâce à la collaboration des classes dominantes, plus les représentants de cette même classe, telles que leurs élites culturelles, cherchent à se laver d'avance de leurs compromissions, déjà bien établies. Ici, en essayant de récupérer de façon malhonnête la figure d'un résistant socialiste mort sous la torture des nazis. C'est abjecte.
On les voit venir.
Conscients d'être des lâches et des collabos, ils cherchent à nous gaslighter en nous faisant croire qu'on ne vaut pas mieux qu'eux.
Ce n'est pas leur faute. C'est trop dur. Ces héros sont exceptionnels donc inaccessibles.
Ou alors, on ne sait pas. Qu'aurions-nous fait ?
C'est une question posée par celleux qui ne font déjà rien.
Si vous voulez savoir ce que vous auriez fait, regardez ce que vous faites maintenant.
Moi je n'ai pas de mal à m'identifier aux résistants et à savoir quoi faire.
Comme le disait Lucie Aubrac "ça a commencé avec des petites choses".
On fait ce qu'on peut. Prendre position c'est un bon début. Surtout quand on a la parole.
Mais comme souvent, c'est ceux qui peuvent le plus qui en font le moins. Ils ne sont pas avars en leçon de morale mais revoient la leur à la baisse.
Et dire qu'on a rendu hommage à Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon.
Qu'auraient-iels répondu à la question de Parole d'Honneur ?
Peut-être : "un bon nazi est un nazi mort".
La résistance ce n'est pas du développement personnel.
C'est politique.
La résistance n'est pas une aventure ou un voyage.
C'est une lutte.
Ce n'est pas pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. Les gens qui veulent se servir de la cause pour leur personne plutôt que de mettre leur personne au service de la cause, ça dégage illico.
Jean Moulin n'était pas électricien. Il ne combattait pas des ombres, mais des nazis, des fascistes et des collabos.
Ils n'ont voulu raconter que les derniers jours de J. Moulin. Ils ne s'intéressent pas à la résistance mais à la légende. Au calvaire. Une sorte de fascination malsaine pour la souffrance comme pour La Passion du Christ. Ce sont des charognards.
Cette mascarade a lieu pendant une édition du festival de Cannes lors de laquelle un conflit éclate entre Bolloré et le milieu du cinéma.
Bolloré, ce riche facho, tente de peser sur la bataille culturelle en se servant de la fortune, amassée sur le dos des africains et grâce à l'état français, pour tenter de contrôler toute la chaine de l'information et de la production culturelle.
Il a racheté une grande quantité de médias, y compris une édition de manuels scolaires. Il a des éditions pour publier les livres de ses larbins fascistes, les moyens de les distribuer dans ses boutiques relais. Il fait la promotion de sa merde dans ses médias radio et télé. Il a déjà purgé ces rédactions de toute contestation et de tout contenu autre que la désinformation fasciste.
Après avoir fait le ménage à Canal + ou au JDD, entre autres, il a viré un directeur de collection dans une édition à sa botte. Les élites intellectuelles, qui étaient restées bien silencieuses jusqu'ici en se pensant intouchables, ont rouspété.
Mais trop tard.
Les bourges, et en particulier la petite élite culturelle parisienne, comprennent qu'ils ne sont pas à l'abris. Qui aurait pu prédire ?
Voyant cela, le monde du cinéma remarque que Bolloré a la main sur canal +, qui est l'un des plus gros financiers du cinéma. Il finance aussi des boites de prod' et vient de mettre la main sur les cinémas UGC. Ils se disent que le couperet se rapproche et une partie de ce milieu décide de se manifester avant qu'il ne soit trop tard. On ne parle que d'une tribune mais c'est déjà beaucoup pour eux. Or dans ce milieu, ce ne sont pas les grosses stars qu'on entend, mais toutes les personnes plus précaires qui en vivent tels que les technicien.ne.s. Car ce sont ces dernier.ère.s qui risque le plus.
Certains parlent de crier avant d'avoir mal (Kasso tu fais chier), comme si le mal n'avait pas été fait ailleurs et que Bolloré allait changer. Comme si il n'y avait pas une stratégie derrière tout ça. Le cinéma a déjà collaboré avec les nazis et il semble encore prêt à se mettre au service des fascistes.
Peut-être faudrait-il désembourgeoiser la culture dans son ensemble ?
ANATOMIE D'UNE CHUTE
Nuremberg est le film le plus clair politiquement de cette année pour l'instant. En créant explicitement un parallèle entre les nazis et Trump.
Je déplore que cela soit fait en usant des tropes du cinéma américain basique qui grandi les nazis pour s'en servir de faire-valoir. Si vous étiez si exemplaires, vous n'auriez pas un fasciste à la tête de votre pays. Deux fois.
Je ne peux pas m'empêcher de voir une entreprise égocentrique comme pour tenter de se laver de la souillure Trump en exhumant l'une des seules fois où ils ont été du bon côté.
Des rayons et des ombres me donne l'impression que la bourgeoisie est consciente qu'elle s'est déjà compromise avec les fachos. Qu'elle anticipe ses chouineries au moment où il faudra justifier de n'avoir soit rien fait soit participé pour des raisons bien comprises. Les intérêts personnels et la lâcheté sont bien décrits dans le film mais ne sont pas des excuses à votre lâcheté et à la défense de vos intérêts particulier à l'heure actuelle. Au lieu de chercher à comprendre et à nuancer les coupables, il vaudrait mieux dès maintenant s'intéresser un peu plus aux résistants.
Pour La Bataille De Gaulle, j'ai été emballé par la dramaturgie. Cet homme qui résiste seul contre tous au fascisme, comme un Don Quichotte. Mais cet effet passé, le vide politique laisse libre court à l'interprétation et je ne doute pas que des fachos pourraient apprécier cette figure qui ne combat pas le fascisme pour ce qu'il est, mais parce qu'ils ont envahi sa patrie. Certains fachos se prétendent résistants car ils s'imaginent lutter contre l'envahisseur musulman. Le RN a déjà comparé l'islam à l'occupation nazie.
J'aurais voulu aimer ce film. Il y a un gros potentiel dessous.
Comme je le dis souvent, dans les œuvres narratives, l'ambigüité est problématique voir clairement coupable. Soit de lâcheté soit de dissimulation.
Ce n'est pas pour rien que les médias de droite tels que le Figaro apprécient beaucoup ces œuvres "moins manichéennes". C'est à dire : qui brouillent la réalité en étant moins fermes envers le fascisme et plus critiques de la résistance. Quand tu veux faire une œuvre contre les collabos et que les fascistes te félicitent pour les avoir épargnés, c'est loupé. Tu as juste brouillé les choses et la confusion est le terreau des fascistes. La clarté et la vérité sont des armes antifascistes. Il faut un peu de courage pour ça et la bourgeoisie se définie beaucoup par son manque naturel en la matière.
La bourgeoisie n'a pas fini de faire des contorsions pour essayer de ne pas paraitre telle qu'elle est : une classe de privilégiés aussi lâche qu'elle a des intérêts à défendre.Elle fera comme elle a toujours fait, s'allier avec l'extrême-droite ou se contenter de ne pas intervenir (dans l'espoir de passer entre les mailles du filet) pour conserver ses privilèges face à la monté de la gauche radicale et du progressisme par lesquels ils se sentent menacés.
La bourgeoisie culturelle hésite.
Ils essayent de récupérer une histoire pour s'en servir de machine à laver par avance de leur compromissions présentes et futures, ce qui passe par du révisionnisme.
Les irresponsables, comme dirait l'autre, ces bourgeois qui se débattent contre leur déclin et voudraient nous entrainé dans leur chute n'ont pas fini de nous chier dessus. Vivement qu'on les dégage histoire de respirer un peu mieux et d'avoir enfin des récits courageux et dignes des épreuves actuelles et à venir.
RÉSISTER, CE N'EST PAS ESPÉRER, C'EST AGIR.
On ressort souvent de ces œuvres sans savoir comment résister nous-mêmes aujourd'hui.
Ces œuvres sont faites pour nous faire ressentir le frisson de la résistance mais aussi pour nous laisser impuissant, incapable de reproduire l'expérience. On nous laisse vivre la catharsis et rester bien sagement chez nous, repus.
Je pense notamment à Star Wars ou Hunger Games.
Disons que les bourgeois font du cosplay avec la résistance. Ils vivent le sentiment flatteur de se prendre pour des gens bien et courageux cinq minutes dans un évènement publique et une fois rentré à la maison, on range bien le costume dans le placard.
(Attention, je n'ignore pas que beaucoup de cosplayeur.euse.s sont plus sincères dans leur costume que dans leur peau de tous les jours).
Toute création, doit être antifasciste sinon elle n'est que soutien passif, ou pire, un soutien actif au système qui a clairement fait le choix du fascisme.
Être neutre face à la monté de l'extrême-droite et ne rien avoir à dire, c'est être complice d'une certaine façon.
Quand on n'a rien à dire, il vaut mieux fermer sa gueule et soutenir celleux qui font le taf.
Et cela avec l'humilité et le respect minimum dû aux gens qui font ce sacrifice car il s'agit souvent des plus menacés.
Pour parler de résistance, on conseillera le classique mais toujours aussi pertinent L'armée des ombres de J.P Melville ou un film de SF qui lui rend hommage Captive state de Rupert Wyatt.
L'armée du crime de Robert Guédiguian sur le groupe Manouchian et qui n'esquive pas les questions. Abkarian déjà investi à l'époque.
Papi fait de la résistance de J.M. Poiré qui est opportunément diffusé par Arte et qui résonne avec le côté grotesque de l'actualité ciné et les charlatans de la mémoire. Une œuvre méta.
Indigènes de Rachid Bouchareb sur l'investissement méconnu des troupes coloniales.
La bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo, sur la résistance Algérienne ou "la bataille d'Alger dans l'espace" avec le surprenant Star Wars Andor (enfin une œuvre Star Wars qui raconte quelque chose).
Matrix des sœurs Wachowski pour une interprétation moderne.
Wolfenstein - New Order, un jeu vidéo à la Tarantino qui nous fait combattre le nazisme dans une uchronie où les nazis auraient gagné la seconde guerre mondiale. Pas comme dans Call of Duty où on se contente de tirer sur des PNJ qui portent un uniforme à croix gammée, mais en rejoignant un groupe de résistants marginaux et en semant le chaos dans l'appareil fasciste. Avec en plus une pointe d'humour. Et on défonce quand même du mécha-nazillon avec un shotgun à shrapnel dans chaque main pour les voir voler en morceau. Moi ça me détend.
Pour conclure, les mots de Karine le Bail (historienne qui a bossé sur l'occupation) "on n'a pas le droit de fictionnaliser des personnages comme Jean Moulin en en faisant de la glaise" "faire des films sur ces personnes-là oblige à être des artistes conscients" En citant Bertold Brecht "La musique (l'art en général) n'est pas une arche de Noé sur laquelle on peut traverser le déluge sans dommages" "On est dans une période où on ne peut pas supporter la trahison des clercs".
Ne soyons pas, à l'image de Gilles Lellouche, les lâches que les générations futures nous reprocherons, à juste titre, avoir été.
Opposons-nous, autant que faire se peut, à l'extrême-droite et à tous ses alliés.
Qui sont aussi les criminels climatiques et les criminels de guerre.
Engageons-nous, d'une manière ou d'une autre dans un collectif progressiste.
Ça peut simplement être bénévole dans les assos ou les évènements.
Les petites choses pour commencer, dont parlait Lucie Aubrac.
Participons à la construction d'une conscience antifasciste partout où nous allons.
Ça peut simplement être de rappeler que ce qui se passe n'est pas normal. Que l'extrême-droite, le racisme, le sexisme, l'homophobie, le validisme, le classisme... c'est caca, ça nous empoisonne, ça nous ronge. Lions résistance et antifascisme une bonne fois pour toute.
Restons conscient.e.s et concerné.e.s.
Soyons Fier.e.s et déterminé.e.s.